Le 13 août 2008 - La culture canadienne en péril

La réputation internationale du Canada est en jeu.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement conservateur a choisi de retrancher plus de 34 millions de dollars de programmes de subvention à la culture et au patrimoine. Ces programmes étaient conçus pour soutenir les artistes, les institutions et les organismes artistiques sans but lucratif dans la création, le développement, la promotion et la diffusion des arts d’ici, tant au pays qu’à l’étranger.

Les plus récentes coupures, y compris l’annulation des programmes PromArt de 4,7 millions $ et Routes commerciales de 9 millions $, réduisent drastiquement les possibilités que nos artistes et leur travail soient présentés hors de nos frontières. Ces deux programmes soutenaient l’exportation de la culture canadienne en facilitant les voyages à l’étranger pour des artistes, des auteurs, des performeurs, des designers et des concepteurs de films, de télévision et de nouveaux médias. L’abandon de ces programmes ne fait que ternir la réputation du Canada dans l’économie culturelle internationale.

Les commentaires émis par les représentants du gouvernement lors de l’annonce de ces coupures nient l’importance économique de la culture au Canada, ignorent nos nombreux succès à l’étranger et, en insinuant que ces subventions étaient versées pour les loisirs de récipiendaires immoraux ou sans talent, sous-estiment gravement l’intelligence du grand public. En réalité, plus de 300 subventions versées par le ministère des Affaires étrangères seulement l’ont été à des artistes ou à des organismes reconnus, afin de susciter l’intérêt pour notre culture, de la faire rayonner et de favoriser les occasions d’affaires pour le milieu de la culture. Ce milieu même qui forge l’identité canadienne, avec une liberté d’expression dont nous faisons la promotion partout sur la planète.

Les projets soutenus par ces subventions font la fierté du Canada et représentent la diversité de points de vue, de tendances, de styles et de médias de l’art canadien. Ces fonds soutenaient les artistes, les organismes et les institutions pour montrer l’art canadien au monde entier, et pour montrer l’art du monde entier au Canada. La Direction des relations culturelles internationales du ministère des Affaires étrangères, à elle seule, faisait le lien entre le Canada et plus de soixante pays en une année seulement. Plusieurs de ces pays, et d’autres encore, comprennent l’importance de la diplomatie culturelle pour brasser des affaires et le rendement exceptionnel du capital investi.

L’exportation de la culture canadienne a une influence directe et positive sur notre économie, qui n’est pas limitée au secteur culturel. Elle donne à la population mondiale l’occasion de mieux connaître le Canada, en lui offrant une expérience intimiste de ce que nous avons à offrir. La promotion de la vitalité de notre culture, de sa riche diversité, favorise l’accroissement du tourisme. Tout aussi important, l’exportation de notre culture ouvre des marchés et apporte soutien et occasions de rayonnement à nos artistes, interprètes, cinéastes, auteurs, de même qu‘à tout le milieu culturel.

L’économie culturelle canadienne — une affaire de quelque 40 milliards de dollars par année — fourmille d’individus engagés, passionnés et dévoués à la tâche, qui eux aussi paient taxes et impôts. Leur contribution à l’économie de notre pays est tout aussi valable que celle des travailleurs d’autres secteurs. Leurs efforts pour attirer l’attention sur le Canada, par des tournées et des présentations internationales, méritent d’être appuyés. Ce sont eux qui, par leur travail, construisent cette réputation de diversité, de multiculturalisme et d’ouverture sur le monde pour laquelle le Canada est reconnu internationalement.

La souveraineté du Canada n’est pas qu’une question de défense de nos frontières. C’est d’abord l’affirmation de ce que nous sommes et de ce que nous prônons comme société. En minant le travail des artistes et des institutions, ces coupures de programmes ruinent la réputation que la culture canadienne s’est taillée à l’étranger, au fil de plusieurs décennies. Le gouvernement devrait se rendre compte du message que ces coupures véhiculent : celui que nous n’avons pas d’identité qu’il vaille la peine d’affirmer, que nous n’avons pas de valeurs à promouvoir ni de place sur la scène internationale. Est-ce bien ce que nous voulons montrer à la face du monde?

Source: Alliance pour les arts visuels

The Cultural Community Responds / Les réactions du milieu culturel

“Abolishing this program is the equivalent of killing the entire culture market abroad” – Alain Dancyger, head of the Les Grand Ballets Canadiens in reference to PromArt

“Canceling the cultural diplomacy budgets for ideological and moral reasons is probably the littlest, meanest, most ridiculous and most representative decision Canada’s New Government has made.” – Todd Babiak, The Edmonton Journal

“The wholesale elimination of PromArt and Trade Routes is neither selective nor judicious. And while it constitutes the federal government’s latest offensive in its apparent war on culture, it also displays breathtaking ignorance of a subject the Tories, above all others, should know by heart: Commerce.”
– Alec Bruce, The Times & Transcript

« Pour Nassib El-Husseini, des 7 doigts de la main, “annuler le programme de promotion des arts est une erreur pour trois raisons : on ne pourra plus tourner autant, le Canada perd une faramineuse occasion d‘établir des relations publiques et les ambassades perdent un outil” » – Hélène Buzzetti, Le Devoir

“…if we want our voice to have influence in the rest of the world, to be the moral beacon we believe it is, that requires marketing Brand Canada. Sending artists and writers abroad is an integral part of that marketing that happens to be extremely cost-effective.” – Simon Houpt, The Globe & Mail

“VoCA finds it depressing – no, it’s deplorable – to think, that at a time when virtually EVERYONE not living under a rock recognizes the importance and value of the arts, …that our Prime Minister still doesn’t get it.” – Andrea Carson, www.viewoncanadiancart.com

« La réalité, c’est tout simplement que les conservateurs n’aiment pas les artistes. Ils ne s’intéressent pas à la culture, point à ligne. […] La plupart des grands pays pratiquent une diplomatie culturelle dont les fers de lance sont leurs artistes et leurs intellectuels.[…] Le programme de Routes commerciales était un peu l‘équivalent pour les milieux culturels de ce qu’est pour les entreprises manufacturières Exportation et développement Canada. Dans l’esprit des conservateurs, si les artistes ont un vrai talent, ils n’auront pas de difficulté à se faire reconnaître à l‘étranger. Quid donc l’aide apportée à Bombardier pour son nouvel appareil appelé CSeries. » – Bernard Descôteaux, éditorialiste, Le Devoir

“I can’t believe they would be so stupid. It’s just provocative.” – Alain Pineau, National Director of the Canadian Conference of the Arts in reference to the cuts to PromArt and Trade Routes

“What is equally problematic here is that the recipients of these grants, be they Inuit carvers or Toronto rockers are being demonized for applying to, and receiving support, from a program developed, sanctioned and administered by the Government of Canada.” – Duncan McKie, President and CEO, Canadian Independent Record Production Association

“This is going to really erode the ability of artists to get their work on the international stage.” – Claire Hopkinson, Executive Director, Toronto Arts Council

« Nos artistes sont nos meilleurs ambassadeurs. On n’a pas à juger du contenu de leur création, il y a une démarche artistique qu’on se doit de respecter. On ne peut évoquer des arguments [comme ceux avancés par Ottawa]. Les demandes de subventions sont évaluées par des gens compétents. Qu’un groupe ou l’autre ne fasse pas l’affaire ne change rien au portrait. » – Christine Saint-Pierre, ministre de la Culture du Québec, citée par Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir


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